Captain Sam’ Logs

Bienvenue dans ce petit recoin de la galaxie K/S, réservé exclusivement à la bibliothèque slash personnelle que j'aimerais partager avec vous... Je vous présenterai ici les différents ouvrages que j'ai la chance de pouvoir me procurer sur le slash K/S, majoritairement (voire exclusivement ?) anglophones, et les impressions que ces petites perles m'ont laissées. Si vous avez été amené à lire des ouvrages, articles, thèses et autres sur le sujet qui ne figurent pas parmi les oeuvres présentées, je vous invite à en parler ici même et à partager vos avis et critiques avec nous ! Bonne lecture à bord,

Live Long and Proper Capitaine Sam

 

One index finger on the mouse scroll bar and the other on my clit

Voici le nom étrange et percutant de la thèse de Kelly Simca Boyd, datant de 2001 pour un volume de 166 pages annexes incluses, signifiant littéralement « Un index sur le curseur de la souris et l'autre sur mon clitoris ». Vous pouvez la télécharger gratuitement sur le site Simon Fraser Université. L'oeuvre retrace le point de vue des écrivains de fanfictions slash sur la pornographie, la censure, le féminisme et les risques liés. Dans sa thèse, l'écrivain a pris contact avec différents auteurs de fanfictions slash K/S, bien souvent les tous premiers écrivains de l'époque, et nous propose ainsi la genèse et un historique non exclusif de la prolifération des fanfics K/S dans le monde. Cette thèse est très intéressante à lire car elle apporte des éléments pionniers de l'univers K/S. Pour n'en citer que quelque uns afin d'illustrer ma présentation, l'auteure nous apprend ainsi que la première étude académique du genre a été écrite par Joanna Russ dans un essai de 1985 « Another Addict raves about K/S », publié dans le fanzine anglais Home#8. Cet essai sera suivi l'année suivante par un article intitulé « Romantic Myth, transcendence and ST Zines » de Patricia Frazer, Lamb et Diana L.Veith. Plusieurs articles/essais/études se succèdent les années suivantes et l'auteure dessine ainsi une magnifique bibliographie retraçant la construction du tout premier fandom slash sur Kirk et Spock. Plus qu'un simple listing des oeuvres sur le sujet (ce qui est déjà en soi une véritable source de richesse pour les explorateurs du K/S comme moi), elle nous offre une étude sociologique sur les auteurs de fanfictions (à travers un questionnaire élaboré par ses soins, nous apprenons ainsi que les auteurs/lecteurs de fanfictions K/S regroupent 95% de femmes, 47% de 18/29 ans, 52% étant bi/homo - là, je vois certains haussement de sourcils - 68% d'américains et j'en passe...). Cette thèse regroupe également les différentes représentations du slash K/S que peuvent avoir à la fois les auteurs des premières fanfictions du genre, mais également les points de vue des académiciens en la matière. Des interprétations politiques et sociales en passant par la simple écriture érotique comme émancipation jusqu'aux débats entre l'érotisme et la pornographie, Kelly Simca Boyd nous relate les différents enjeux derrière ce phénomène ayant pris racine dans les années 60/70. C'est tout un recueil des différentes perceptions du genre que nous offre l'auteure et dans lequel chacun reconnaîtra sa propre inspiration. Je citerai pour ma part l'une des réponses apportées au questionnaire de l'auteure et qui illustre parfaitement ma propre vision de l'écriture K/S : « When I'm writing slash, I'm writing about Love - in its purest form » (p81). Sachant que l'oeuvre date de  2001, il est plus que probable que certaines données et représentations du slash K/S ne soient plus à jour. J'aime voir dans cette thèse le prémisse d'une étude plus poussée et plus contemporaine (la dernière étude en ma possession datant de 2011). Je vous invite à la lire et par là même à remplir un questionnaire traduit et mis en ligne  à cette adresse afin d'établir une nouvelle typographie sociologique des fans K/S francophones !

 

The Context of Intimacy : Della Van Hise and Her Interpretative Community

Le titre cité ci-dessus représente le chapitre 5 de l'oeuvre d'Elizabeth Woledge, intitulé « Intimacy between men in modern women's writing » (l'intimité entre hommes dans la littérature féministe moderne), écrit en août 2005. Vous pouvez télécharger gratuitement ce chapitre, ainsi que le reste de l'oeuvre, sur le site de l'University of Chester. Comme le titre l'indique, l'auteure analyse ici la construction de ce qu'elle nomme l' « intimatopic » (l'intimité comme sujet d'étude) à travers le slash K/S et la perception de ces auteurs et lecteurs. Elle définit ici l'écriture de fanfiction comme un genre littéraire d'émancipation d'un univers de base dont les personnages sont reconceptualisés dans l'intérêt des fans (« K/S fictions re-encodes its source material »). Alors que des écrivains comme Henry Jenkins (qui analyse le K/S comme une critique moderne de la masculinité), Camille Bacon Smith (K/S analysé comme catharsis de souffrances émotionnelles réelles), ou Constance Penley (K/S comme représentation d'une utopie féministe), l'auteure se distingue des deux approches académiques générales concernant le K/S (pornographique ou romantique) pour nous proposer une 3ème forme d'analyse : celle d'un slash tiré de la construction d'une Intimité ambigüe entre hommes. Son analyse est, à mon sens, la plus juste et la plus précise sur ce qui a créé le slash K/S et qui l'anime encore aujourd'hui. Son étude se base sur l'appropriation et le réencodage d'un univers/personnages/relations et qui se cristallise par la profonde connexion entre amour, amitié et intimité (qui se révèle être la définition du terme vulcain T'hy'la créé par Gene Roddenberry pour désigner la relation entre Kirk et Spock). Ainsi, la relation amicale entre Kirk et Spock est indissociable du slash K/S. En somme, la représentation féminine idéale de l'amour percevant les amants comme étant également des meilleurs amis (Mary, auteure de fics, dans K/S Press : « The most important factor in the K/S sexual relationship is the K/S friendship »). Le plus grand intérêt des fans se concentrerait majoritairement sur la façon dont l'amitié se développe en amour à partir d'un contexte mettant en scène des codes gestuels ambigüs : ces « casuals touches », « eye contact » qui connotent une grande proximité physique doublée d'une dépendance émotionnelle forte entre les deux personnages (tout ce qui relève du partage des émotions et sentiments et qui possède un fort potentiel d'interprétation romantique). Par ce biais, l'auteure s'attache à démontrer que les fans K/S n'inventent pas un univers à côté de celui créé par G. Roddenberry mais qu'ils l'interprètent à partir d'éléments existants qui permettent de le faire. La relation érotique au sens du slash K/S se construit ainsi sur une relation amicale établie et la mise en scène d'une relation sexuellement consommée représente l'exploration à un niveau plus profond d'une intimité réciproque et exclusive (les fusions mentales entre Kirk et Spock comme unité de corps et d'esprit, l'isolation sociale entre hommes sur le vaisseau, les romances féminines brèves et sans lendemain....). Face à l'essor de cette interprétation de la relation K/S, l'auteure nous apprend que le créateur de la franchise lui-même finit par placer une telle relation comme l'essence de toute son oeuvre : « I definitely designed it as a love relationship. And I hope that for men [...] who have been afraid of such relationship [...] that they (Kirk and Spock) would encourage them to be able to feel love and affection, true affection [...] friendship and deep respect » (G. Roddenberry, 1975) et que cette « profound relationship [...] a love relationship [...] could be considered the essence of Star Trek » (G. Roddenberry, 1991). Enfin, l'auteure finit par se pencher sur la réédition du roman Killing Time de Della Van Hise, écrivain à la fois de romans Star Trek officiels (=canons) et de fanfictions slash K/S, dont la première édition fut stoppée après que la Paramount fut interpellée par un lecteur informant que l'auteure était impliquée dans l'écriture d'histoires slash. Le roman fut au final peu modifié et seules quelques indications de contacts physiques furent enlevées, témoignant de la vision étroite de la relation romantique entre deux personnages purement caractérisée par des gestes physiques d'affection (une main sur une épaule, un bras...). L'auteure de cette oeuvre nous offre une vision qui pour moi sonne comme la plus juste et la plus respectueuse de ce que je pense du K/S et de ce que je peux déceler chez la plupart des auteurs et lecteurs de ces histoires. Elle ne peut bien entendu s'appliquer à toutes les fanfictions K/S mais à une très grande majorité, c'est certain. Le questionnaire utilisé dans son étude a été traduit et est disponible à cette adresse pour ceux qui veulent participer à une étude des fans francophones ! Je finirai mon commentaire par quelques citations de l'auteure empruntées à des morceaux de fanfictions K/S que je trouve magnifiques et qui méritent d'être partagées dans leur langue maternelle :

« He calls my name, breathlessly. I grasp his shoulders moving against him. This is the logical extension of everything we are. It is, on a deeper lever, the same rhythm with which for years we have walked ships' corridors at night. Or the way we moved, pacing each other, on Organia. » (S.R. Benjamin, LeMatya Lessons)

« From the beginning, Spock had given him loyalty and devotion that surpassed what duty and his Starfleet oath required. Kirk had blindly thought it was because they were friends as well as a team. But thinking back on it now, he realised just how much Spock did for him. How protective he was, how willing to do anything Kirk wanted. How many times had he shielded Kirk with his mind, with his body ? How many times had he stood up for his captain, even against Starfleet ? What could it be but love ? » (Deanna Gray)

The Strange Case of Female Cross-Voyeurs ?

Cette thèse écrite par Carola Katharina Bauer est l'une des études les plus récentes parlant du slash K/S. Vous pouvez commander son livre sur le site anglais d'Amazon pour la somme de 48.55 euros (127 pages, annexes incluses). L'oeuvre s'attache à étudier le monde du slash et du Boy's Love (yaoi au Japon) dans sa globalité et plus particulièrement les différentes études qui ont été menées sur le sujet. Elle constitue en elle-même un genre de méta-narration des débats et thèses déjà publiées depuis les années 1970. Le thème du slash K/S apparaît dans cette oeuvre à partir du chapitre 4 dédié aux débats sur la communauté des écrivains/lecteurs de fanfictions slash. Bien que l'auteure repasse par la case départ du développement du K&S (amitié) au K/S (amour) et de son expansion sur le web (blogs, forums, RPG, sites de fanfictions comme celui moins connu d'Adultfanfiction.net...), elle se penche surtout sur les études menées sur les fanfictions slash et le besoin d'étiqueter et de comprendre les femmes écrivant et lisant ce genre de fiction. Trois périodes semblent se dessiner dans ses recherches : celle des années 1970 à 1980 avec des auteurs comme Joanna Russ (« Pornography by Women for Women, with Love » 1985), Patricia Frazer Lamb et Diana Verth (« Romantic Myth, transcendence and Star Trek zines » 1986), incrivant le K/S dans un contexte politique de combat contre les violences sexuelles faites aux femmes. Le K/S est ici étudié comme un mécanisme de substitution de la propre sexualité féminine sublimée (Spock ayant bien souvent des caractéristiques féminines et Kirk représentant l'icône masculine type). Elle s'appuie sur la difficile étude du genre Hurt/Confort des fanfictions slash (violences, sadomasochisme) qui remettent en cause le combat de ces auteurs de distinguer le slash K/S de toute notion pornographique considérée comme masculine. Elle problématise la conception du sexe selon une vision féminine (érotique) qui s'enferme dans sa propre marginalisation, et celle masculine (pornographique) perçue comme dévalorisante et intolérante vis à vis du sexe homme/homme apprécié des femmes. La seconde période englobe les années 1980 à 1990 avec des écrivains tels qu'Henry Jenkins (« Textual Poachers » 1992), Constance Penley et Camille Bacon-Smith et leurs études sur la transformation d'un contexte « homosocial » tel que l'univers de Star Trek et les missions de plusieurs années dans l'espace en un contexte « homosexual » mettant en scène une relation homosexuelle consommée entre Kirk et Spock. Le K/S est considéré ici comme une véritable réécriture (véritable sanctuaire de l'interprétation féministe) permettant l'émancipation des femmes de la vision masculine d'une relation sentimentale et sexuelle (le genre Hurt/Confort des fanfictions permet alors le partage de la souffrance de ces femmes-victimes). Ce système de réappropriation de l'univers Star Trek devenu alors la source de nouveaux débats sur les différences entre la « high literature » (originale) et la « popular literature » (celle des fans, considérée comme inférieure). L'auteure s'attache également à pointer la vision stéréotypée et sexiste des auteures/lecteurs de K/S établie depuis les années 70 comme étant des femmes seules (célibataire, divorcée), souvent au foyer, au physique désavantageux ne permettant pas de relation sentimentale IRL (In Real Life) ou vierge... La troisième période se situe dans les années 2000 jusqu'à aujourd'hui. Malgré le bouleversement opéré par l'arrivée du World Wide Web (net - www) dans le fandom K/S et sa diffusion, très peu d'études ont été menées depuis sur le sujet. L'auteure établit par ce biais le principal problème du statut ambigü des slasheuses (consommatrice/écrivain/auteur de K/S) souffrant d'un enfermement tenace en tant que sous-littérature étrange et perverse.

The Final Frontier is Queer 

Chapitre de P.J Falzone que vous pouvez visualiser sur le site JSTOR. En cours de lecture.

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Decoding Desire : From Kirk and Spock to K/S

 D'Elizabeth Woledge (p235 à 250). Vous pouvez le commander sur le site Tandfonline pour la somme de 28 euros. En attente d'achat...

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